Marc Chagall ou "l'éclairage du songe"

Landerneau, "Chagall, de la poésie à la peinture", jusqu'au 1er novembre 2016 (Fondation Leclerc).

300 œuvres, des livres, une scénographie exceptionnelle, sous la houlette de Jean-Louis Prat, occasion, une fois encore, de relire Limbour.  Comme l’exposition de Landerneau,  le poète célèbre les couleurs de l’univers « céleste et terrestre à la fois » de Chagall.

En 1954, visitant l’exposition parisienne intitulée Paris, Limbour pénètre avec aisance, pas à pas, dans l’espace complexe des toiles. Une première formule,  « Chagall, peintre du rêve », apparaît vite simplificatrice. Le poète préfère prendre des repères dans la nouvelle réalité créée par la peinture, attentif, comme à son habitude, à l’œuvre comme acte, invention d'un monde, qui est... et n'est pas ce que nous croyons être le nôtre.

 "Dans cet espace, des images de dimensions et proportions très différentes, l’Opéra et un bouquet de danseuses bleues, la Seine et un corps effilé de femme, une poule, un christ et un soleil, une vache et Notre-Dame, et tous objets sans lien physique ordinaire et que la plus grande distance sépare dans la réalité, peuvent se superposer et se juxtaposer, en une synthèse équilibrée et continue, sans vides ni heurts, grâce à de mélodieux passages, à des fusions et expansions colorées qui comblent les intervalles et se jouent des illusions de la distance. Chagall ordonne le désordre du rêve, fixe le fugitif, rend cohérent le chaos et rassemble par une logique picturale ce qui était éparpillé aux quatre coins de l’univers et du cœur. Son rêve se déroule sous l’emblème du bouquet." (France observateur, 8 juillet 1954. in G.Limbour, Spectateur des arts, p. 645)