Liberté n'est pas arbitraire

Une conférence sur Limbour au Passage Sainte-Croix, à Nantes, a été l'occasion d'évoquer le sens du mot "liberté" dans les écrits sur l'art de Georges Limbour. La grande fréquence du mot n'étonnera personne. Mais les écrits sur Picasso, Dubuffet, Bazaine ou ... Van Gogh révèlent la subtilité de l'approche paradoxale du poète: un grand artiste est un homme libre, non parce qu'il l'a décrété, mais de haute lutte... Liberté non offerte mais conquise dans le combat mené entre l'esprit, la matière et le réel, combat dont le tableau est le fruit. La tension visible fera peut-être alors de ce tableau une grande œuvre. Ces mots à propos de Bazaine (1947):

« Pour ma part, je penserai toujours que dominer les formes naturelles, les forcer à entrer dans son dessein, les plier à sa volonté constructive, les soumettre aux exigences d’une architecture personnelle et changer leur signification est, pour le peintre qui se réfère au réel, une tentative pas commode du tout, car la matière toute figée, le monde aux contours bien établis doit lui opposer une énergique résistance. Le bon tableau apparaît donc comme une victoire de l’artiste, à l’issue d’un conflit entre lui qui veut le refaire, et le réel qui désire s’imposer dans son intégrité.
Cette dualité, cet antagonisme a disparu dans l’art abstrait. Là le peintre évite le combat, et, ayant biffé d’un trait de fusain le monde extérieur, il pense avoir conquis la suprême liberté, mais ce qu’il prend pour la liberté ce n’est encore que l’arbitraire. »

Dans le public, une auditrice a dit retrouver cette vision  politique dans la réflexion actuelle sur  la construction d'un espace commun,dans notre démocratie.