A la galerie des photographies du centre Georges-Pompidou

il faut courir à l'exposition du Centre Georges-Pompidou sur le photographe  Jacques-André Boiffard, La parenthèse surrréaliste. Elle va se terminer! L'article de Georges Limbour, "Eschyle, le carnaval et les civilisés", dans les pages de la revue de Georges Bataille, Documents (n°2) est un délice de loufoquerie et d'invention. On peut le lire sur les murs de la galerie des photographies.

L'enfant polaire, 1921 (G.Limbour, Soleils bas, Gallimard)

L'enfant polaire parcourt le monde: dans la steppe où il parvient "le soleil réapparut, énorme boule incandescente pas très élevée au-dessus de la terre, et il semblait qu'en se trouvant au-dessous, on aurait pu le toucher avec l'extrémité des doigts." A des orphelins haineux croisés sur sa route, il demande:" Ne me reconnaissez-vous pas? Je suis le petit Messie crucifié à la première page des géographies. J'ai guidé vos mains au long des formes des continents".

Isabelle Lacoste, dans sa thèse (voir bibliographie), a reconnu cette figure dans les manuels de géographie.

Le manuel, Géographie, de Baron, postérieur à la scolarité de Limbour, garde néanmoins la mémoire de cet "enfant polaire" (cours élémentaire Magnard, 1947).

Liberté n'est pas arbitraire

Une conférence sur Limbour au Passage Sainte-Croix, à Nantes, a été l'occasion d'évoquer le sens du mot "liberté" dans les écrits sur l'art de Georges Limbour. La grande fréquence du mot n'étonnera personne. Mais les écrits sur Picasso, Dubuffet, Bazaine ou ... Van Gogh révèlent la subtilité de l'approche paradoxale du poète: un grand artiste est un homme libre, non parce qu'il l'a décrété, mais de haute lutte... Liberté non offerte mais conquise dans le combat mené entre l'esprit, la matière et le réel, combat dont le tableau est le fruit. La tension visible fera peut-être alors de ce tableau une grande œuvre. Ces mots à propos de Bazaine (1947):

« Pour ma part, je penserai toujours que dominer les formes naturelles, les forcer à entrer dans son dessein, les plier à sa volonté constructive, les soumettre aux exigences d’une architecture personnelle et changer leur signification est, pour le peintre qui se réfère au réel, une tentative pas commode du tout, car la matière toute figée, le monde aux contours bien établis doit lui opposer une énergique résistance. Le bon tableau apparaît donc comme une victoire de l’artiste, à l’issue d’un conflit entre lui qui veut le refaire, et le réel qui désire s’imposer dans son intégrité.
Cette dualité, cet antagonisme a disparu dans l’art abstrait. Là le peintre évite le combat, et, ayant biffé d’un trait de fusain le monde extérieur, il pense avoir conquis la suprême liberté, mais ce qu’il prend pour la liberté ce n’est encore que l’arbitraire. »

Dans le public, une auditrice a dit retrouver cette vision  politique dans la réflexion actuelle sur  la construction d'un espace commun,dans notre démocratie.
 

 

Belle année 2015!

Voici un jour différent, ou que l'on croit tel, empli de toutes sortes d'espoirs et ponctué par des vœux échangés. C'est cet échange qui est précieux. Tous nos vœux donc à chacun ! Continuons à "aller rendre visite aux tableaux", Le Spectateur des arts sous le bras. C'est un délice renouvelé. Tiens, encore quelques jours pour aller, à Senlis, rencontrer les fleurs de Séraphine.

"Dès qu’elle eut des cadres de plusieurs mètres carrés, ce furent des arbres entiers, ou des branches géantes et réellement quadrangulaires, poussant de tous côtés jusqu’aux limites de la toile, comme si elles cherchaient à les reculer, animées d’une prodigieuse exubérance, et ne laissant aucune place à un peu de ciel ou à un fond. Le monde n’est-il pas une plénitude ? Elle ne pouvait rien sacrifier de cette proliférante présence dont elle était obsédée et dont elle s’efforçait de combler le vide vertigineux du monde et de l’existence." (Antimoine Chevalet, alias Georges Limbour, Action, 26 octobre 1945).

 

Histoires de verres d'eau

Les éditions De Luca, Editori d'Arte viennent de faire paraître la correspondance entre Jean Dubuffet et Lorenza Trucchi, critique d'art italienne (Carteggio, Dubuffet - Trucchi, De Luca Editori d'Arte, 2014).

Page 77, une très amusante lettre de Georges Limbour adressée à Lorenza Trucchi:  Limbour se morfond à La Roche-Posay où, suivant une cure, il est condamné aux verres d'eau. Or voilà, écrit-il, qu'il reçoit des lettres du "Maestro" (Jean Dubuffet) qui lui écrit "qu'il fait des verres d'eau". Vence (où se trouve le dit "Maestro") deviendrait-elle "station thermale"? La lettre se termine sur un conseil à la dame: "Je vous engage donc, Lorenza, à boire du vin, à la rigueur coupée d'eau d'Hourloupe, ou plutôt à boire de l'eau d'Hourloupe mais coupée de vin".

Où l'on devine le sentiment du poète à l'égard de L'Hourloupe...

 

Triste "procession de verres d'eau", d'un côté, avec en tête la douceur de bons Lacrimas Christi ! De l'autre côté,  le conseil de couper de vin l'eau de l'Hourloupe de Dubuffet!  

Limbour dans l'atelier du peintre et graveur HAYTER

© Hayter dans l'atelier, Site Alba La Romaine.  

© Hayter dans l'atelier, Site Alba La Romaine.

 

"Les séjours à Alba ont exercé quelque influence sur Hayter, et d'abord physique: l'air et les divers parfums des arbres et des fleurs le ravivent après la vie citadine au long de laquelle il a respiré, avec ardeur d'ailleurs, l'odeur des acides et des encres(...). L'Escoutay exerce sur lui un irrésistible attrait: les sauts de l'eau, la profondeur mystérieuse des trous, les tourbillons sur les cuves claires et sombres" Georges Limbour (Hayter, 1962, p.44)

La suite sur le site Alba La Romaine.

 

La revue Critique d'art

Surréalisme : un compte rendu critique associant 4 ouvrages vient de paraître dans la revue Critique d'art, n°43 (p.28-137, en français et en anglais). Signé Jérôme Duwa, il est intitulé "Les angles mort du surréalisme" ("The Blind Spots of Surrealism"). Il présente les deux sommes que vient de publier Jacqueline Chénieux-Gendron chez Champion : Inventer le réel, le surréalisme et le roman et Surréalismes, l'esprit et l'histoire, en les reliant aux Écrits sur l'art de Georges Limbour. Rappelons que c'est J. Chénieux-Gendron qui a mené les premières études universitaires sur Limbour.  Le quatrième ouvrage analysé dans cet article est celui de F.Nicol, Georges Limbour, l'aventure critique (Presses universitaires de Rennes), qui propose une lecture  à la fois littéraire et artistique de ces écrits, en relation avec l’œuvre poétique et de fiction de Limbour (voir plus bas).

"Georges Limbour écrivait en un temps où peut-être le monde de l'art était moins claquemuré", suggère Jérôme Duwa. Une invitation à relire le surréalisme à la lumière de la pensée de J. Chénieux-Gendron et à revenir à Limbour.

Dado

Sur la photo signalée dans un de mes posts précédents, c'est avec le peintre Dado que discutent Gaëtan Picon et  François Mathey. La photo entière est sur le site passionnant consacré à Dado: http://dado.fr/dado-peintre-bio-1970.php

Au fait, pour mieux connaitre Dado:  Mercredi 8 octobre à 18h, à l'auditorium de la Maison Européenne de la Photographie, 5/7 Rue de Fourcy dans le quatrième arrondissement à Paris, Claude Louis-Combet et Domingo Djuric évoqueront Dado lors d’une conférence à l’occasion de la parution de leur ouvrage Dado, de fer et d’os, édité par la Maison Européenne de la Photographie.

http://www.mep-fr.org/evenement/dado-de-fer-dos/

au CNAC, 1970.

au CNAC, 1970.

A la fenêtre, Ponge et Limbour

Entre les deux poètes, tant d’accointances sous les différences apparentes! « Ne jamais essayer d’arranger les choses (…). Il s’agit de savoir si l’on veut faire un poème ou rendre compte d’une chose (dans l’espoir que l’esprit y gagne, fasse à son propos quelque pas nouveau) », déclare Ponge. Ce n’est sans doute pas ainsi que s’écrirait l’art poétique de Limbour. Pourtant, je ne peux m’empêcher de comparer le récit esquissé de la mort de son grand–père par Limbour (Spectateur des arts, 1947, 454) au "Volet" des Cinq Sapates (Ponge, 1951). Les deux ont aimé Guernica, les Otages de Fautrier et toute l’œuvre de Braque. Les deux se nourrissaient du De Natura rerum de Lucrèce… Il y a là matière à une étude passionnante.

Entre les deux poètes, tant d’accointances sous les différences apparentes! « Ne jamais essayer d’arranger les choses (…). Il s’agit de savoir si l’on veut faire un poème ou rendre compte d’une chose (dans l’espoir que l’esprit y gagne, fasse à son propos quelque pas nouveau) », déclare Ponge. Ce n’est sans doute pas ainsi que s’écrirait l’art poétique de Limbour. Pourtant, je ne peux m’empêcher de comparer le récit esquissé de la mort de son grand–père par Limbour (Spectateur des arts, 1947, 454) au "Volet" des Cinq Sapates (Ponge, 1951). Les deux ont aimé Guernica, les Otages de Fautrier et toute l’œuvre de Braque. Les deux se nourrissaient du De Natura rerum de Lucrèce… Il y a là matière à une étude passionnante.

Deux voisins, deux amis, dans les années d'après-guerre. Rue Lhomond, Paris. Deux appartements, presque en face l’un de l’autre.

Un jour, Limbour jette un œil par la fenêtre et surprend Ponge, seul chez lui, s'approchant de la sienne. Le premier observe le second, en voyeur, puis s’applique à le décrire : « N'est-ce pas un geste machinal que d'aller soulever le rideau alors qu'on ne cherche rien dans la rue, mais au contraire tout au fond, tout au noir de soi-même?" (en 1967, Jean Thibaudeau, publie ce texte de Limbour sous le titre "Ce mouvement des prisonniers", à l'entrée de son Ponge, à la Bibliothèque idéale). Voilà que l’auteur du Parti-pris des choses se retrouve saisi sous la plume de Limbour comme un savon ou … un cageot.

 

 

Une écriture "nombreuse" pour Gaëtan Picon

G. Picon, aux côtés de François Mathey (merci à C.Schvalberg qui a identifié celui-ci).

G. Picon, aux côtés de François Mathey (merci à C.Schvalberg qui a identifié celui-ci).

Merci à Hélène B. qui m'a ramenée, ce jour, à Gaëtan Picon. Celui-ci commente ainsi le récit de Limbour, Les Vanilliers:  " Livre (...) que soutient jusqu'au bout l'une des écritures les plus sûrs qui soient: nombreuse, savamment rhétorique, déroulant avec une grâce fragile sa longue arabesque florale, avançant avec le même mouvement qui hante l'héroïne des premières pages, 'en un déroulement capricieux de fleuve errant qui déplace son lit dans la plaine à la recherche d'une embouchure, d'une mer où se jeter'" (G. Picon, Panorama de la nouvelle littérature française, 1976, Le Seuil, p. 103).

G. Picon désigne trois écrivains, postérieurs à Limbour, se tenant dans la même tradition du récit poétique:  André Pieyre de Mandiagues, Noël Delvaux et Julien Gracq.

Georges Limbour, l'aventure critique

C'est le titre du livre de Françoise NICOL, qui vient de paraître aux Presses universitaires de Rennes. Cet essai étudie les écrits sur l'art de Georges Limbour, en adoptant à la fois le point de vue du littéraire et  de l'historien d'art. On peut lire à plusieurs vitesses ce gros volume:  comprendre comment s'est formé Georges Limbour à la peinture, saisir ce qu'il appelle "entrer dans les tableaux", circuler entre réel et imaginaire à sa suite. On peut juste lire les "Echos" limbouriens qui le rythment. On peut explorer la bibliographie de l'ensemble de son œuvre.

Préface de Bernard VOUILLOUX.

Ici le bon de commande. Et là, cliquez sur l'onglet "Documents" pour accéder à son introduction, à la table des matières ou à la 4e de couverture.

Un magnifique dessin de Masson en orne la couverture, grâce à la générosité de la famille Masson.

Lucien COUTAUD, ami de Limbour

Après-guerre... Limbour rechigne à soutenir les peintres surréalistes. Masson, Magritte, Ernst sont à l'étranger. De "petits maîtres" tiennent le haut du pavé. La rupture avec Breton est toujours douloureuse. Mais il y a Lucien Coutaud, pourtant, dissocié des surréalistes dans les chroniques de Limbour, toujours élogieuses. Une exposition le célèbre cet été dans le Tarn, à Gaillac.

Le dossier de presse de l'exposition est ici!