Giovanna, la poésie au féminin

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Giovanna, Poèmes et aphorismes (1989-2015), Collection Art and Thought : Histories of the Avant-Garde, Art et pensée : histoires des avant-gardes, Peter Lang, 2017.

Saluons la parution attendue des œuvres de Giovanna chez Peter Lang. Plus de 300 pages de poésie, introduites par un poème en forme de manifeste, "Onomatopées onomatomatiques". "C'est donc ici que, pour la première fois, on va pouvoir lire et entendre, dans toute son ampleur, sa force inventive, sa dérision, sa drôlerie", se réjouit Jacqueline Chénieux, qui signe la préface allègre et lumineuse. A lire, à relire... à rire, à goûter.

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SITAUDIS: un article de Tristan Hordé sur le petit volume Tal Coat de Georges Limbour, Le Bruit du temps, 2017 (voir infra).

"Quand il écrit à propos des tableaux, Limbour les décrit très précisément, de sorte que le lecteur comprenne que le paysage, le rocher, le silex qui affleure, la terre du labour ne sont pas ce qui importe, mais plutôt le fait que Tal Coat peint « la substance d’objets qui, dans la lumière, perdent leur matérialité » et, ainsi, traduit une sensation. Le paysage n’est pas un spectacle, ce qui en est restitué c’est la manière dont il a été perçu, assimilé, ce sont des « mouvements de lumière » qui pourraient évoquer par leur dépouillement les dernières aquarelles de Cézanne ou, dans l’esprit, les dessins de paysages chinois". Tristan Hordé, SITAUDIS.

J-P. Léger, Tal Coat, Paris,Somogy, 2017

J-P. Léger, Tal Coat, Paris,Somogy, 2017

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En écho au volume de G.Limbour, on lira

- Jean-Pascal Léger, Tal Coat, Paris, Somogy, éditions d’art, 2017.

- Pierre Tal Coat, L’immobilité battante, entretiens avec Jean-Pascal Léger, Strasbourg, L’Atelier contemporain, François Deyrolle éditeur, 2017 (avec le soutien du Département du Morbihan et du Domaine de Kerguéhennec).

De loin ou de près? D'un surréaliste, l'autre ou les autres: Paul PAON ZAHARIA, La Rose parallèle

C'est entre 1953 et 1972 que Paul Paon (1915-1994) a écrit La Rose parallèle, livre paru récemment chez Edinter, Rafael de Surtis, à Cordes-sur Ciel. Le poète a fait partie du groupe surréaliste de Bucarest (1945-1947) avant de parvenir à quitter la Roumanie pour Israël, en 1961.

Entamé dans l'isolement après le départ de ses amis Gherasim Luca et Trost,  ce livre testament est la trace d'une quête désirante de la "vie réelle", impressionnante par sa force et sa cohérence. Mais de quelle "vie réelle" s'agit-il? La définition qu'en donne Paul Paon aurait pu, me semble-t-il, être appréciée par le peintre André Masson, ami de Limbour:

"La vie réelle c'est le ciel étoilé, c'est le ciel noir, surpeuplé d'astres, de nuages, du délire des forces, du poids écrasant en haut de l'innombrable, c'est aussi le grouillement des grands courants d'eau sous-marine et les kilométriques animaux d'air pur enfermés dans les pierres de la terre, et aussi les contours très exacts des taches faites par les forêts stagnantes qui sont aussi des bêtes, mais végétales et endormies. La vie réelle c'est l'haleine ardente qui dévore les forêts, les serpents, les pierres et les astres."(p.32)

TAL COAT sous l’œil de Limbour

L’œuvre de Pierre Tal Coat est à la fête cette année, du musée Quesnel-Morinières de Coutances à la galerie Christophe Gaillard à Paris, du Domaine de Kerguéhennec au CAP de Royan et à Cerisy-la- Salle où vient de s'achever le colloque Tal Coat, Regard sans frontières. Le musée Granet d'Aix-en Provence prendra le relais à l'automne.

A cette occasion, les éditions Le Bruit du temps font paraître un petit volume contenant 4 textes de Georges Limbour sur Tal Coat, éclairés par une préface de l'historien d'art Pierre Brullé.

Tal Coat dans son atelier © Connaissance des arts  

Tal Coat dans son atelier © Connaissance des arts

 

 

Une énigme à résoudre

Alain Lemoine, de Saint-Jacud-de-la-mer,  a eu la gentillesse de nous transmettre ce poème.

Le poème a été attribué à Georges Limbour. La date est évidemment trop tardive (mais peut être fausse).  La musique des mots semble différente de celle à laquelle nous a accoutumés l'auteur de Soleils bas.

Avec l'accord d'Alain Lemoine, nous lançons donc un appel à la sagacité de nos lecteurs: qui peut bien être l'auteur de ce poème, apparemment inédit? Merci de vos réponses à la rubrique "Contact".

Breton après Breton (1916-1966). Philosophies du surréalisme

 

 

Sous la direction scientifique de Jacqueline Chénieux-Gendron (CRAL-CNRS) et de Pierre Caye (Centre Jean Pépin, CNRS-ENS), le colloque Breton après Breton (1916-2016), philosophies du surréalisme aura lieu à Paris les 26 et 27 avril 2017. Le programme détaillé se trouve sur le site Fabula:

http://www.fabula.org/actualites/breton-apres-breton-1966-2016-philosophies-du-surrealisme_78902.php.

 Entrée libre
 

Charles Estienne et Georges Limbour: réserves sur Bernard Buffet

"Bernard Buffet, victime de son succès". C'est le titre de l'article du Monde (17 octobre 2016).  Philippe Dagen y retracela réception de l’œuvre du peintre (1928-1999), entré aux Beaux-Arts de Paris en 1944, et connu aujourd'hui pour (ou grâce à) son succès dans les années cinquante et soixante. Deux fines mouches, parmi les critiques, avaient été moins enthousiastes...  Joli parallèle, très éclairant.

 

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« Le Dernier Voyage de Soutine », de Ralph Dutli

C'est la rentrée. Cette semaine, Le monde des livres a sélectionné 4 livres de la rentrée littéraire, dont le roman de R .Dutli, paru aux éditions Le Bruit du temps, Le Dernier voyage de Soutine.

"Le roman de cette existence tourmentée, écrit dans un style qui parvient à donner un équivalent de la fièvre qui anime les coups de pinceau du peintre, nous parle avec force de l’enfance et de l’exil, de la maladie et la douleur, de l’impuissance des mots et du pouvoir bouleversant de la couleur et de l’image" (sur le site du Bruit du temps).

Dès 1944, dans la revue qu'il dirige, Le Spectateur des arts, le critique Georges Limbour évoque le peintre Chaïm Soutine (1893-1943). Plus tard, en 1946, on peut lire, dans le journal Paysage, un article au titre étrange, "L'expressionnisme, art instinctif, va-t-il vers la frivolité" (n°36, 14 février 1946, Spectateur des arts, p.221). Dans cet article André Lacombe, alias Georges Limbour, se fonde sur la peinture de Soutine pour donner sa définition de l'expressionnisme:

"La galerie du Bac a également rangé Soutine parmi les expressionnistes. Je ne suis pas d’accord avec elle et trouve qu’il y a ici un abus de langage. Soutine est assurément un peintre totalement subjectif, qui a exprimé, par des déformations parfois voisines de celles du délire, sa vision passionnée et tourmentée de l’univers. Il nous a laissé les images bouleversées des choses en lui-même. Qui ne serait sensible à l’immense différence qu’il y a entre lui et les peintres belges ? Qui est expressif n’est pas obligatoirement expressionniste, et si l’on joue ainsi sur le terme et l’on élargit à ce point les cadres de ce mouvement, il faudrait y faire entrer plusieurs autres peintres et en particulier Van Gogh".
 
 

Michel Passelergue

Pas d'actualité particulière cette fois mais l'envie, en cette fin d'été, de faire un signe de la main à un poète. En feuilletant un numéro de la revue Pleine Marge, je tombe par hasard sur quelques-uns des poèmes de Michel PASSELERGUE (né en 1942): "Ruptures" et "Chansons pour Ophélie". C'était en décembre 2006 (n°44). La revue n'existe plus. Mais on peut lire les LETTRES D’ELSENEUR, 2OO8-2014 suivi de FLORILEGE POUR OPHELIE, 1961-1997, textes parus chez Tensing (2015).

Dans une autre revue, Soleil des loups (n°19, juillet 1990),  Michel Passelergue avait fait paraître un article intitulé " Georges Limbour dans le secret des yeux". C'est que l'écrivain, ancien professeur de mathématiques, avait eu pour professeur de philosophie Georges Limbour, quand il était lui-même lycéen... Trace mais surtout paroles vivantes qui résonnent entre elles.

 

Marc Chagall ou "l'éclairage du songe"

Landerneau, "Chagall, de la poésie à la peinture", jusqu'au 1er novembre 2016 (Fondation Leclerc).

300 œuvres, des livres, une scénographie exceptionnelle, sous la houlette de Jean-Louis Prat, occasion, une fois encore, de relire Limbour.  Comme l’exposition de Landerneau,  le poète célèbre les couleurs de l’univers « céleste et terrestre à la fois » de Chagall.

En 1954, visitant l’exposition parisienne intitulée Paris, Limbour pénètre avec aisance, pas à pas, dans l’espace complexe des toiles. Une première formule,  « Chagall, peintre du rêve », apparaît vite simplificatrice. Le poète préfère prendre des repères dans la nouvelle réalité créée par la peinture, attentif, comme à son habitude, à l’œuvre comme acte, invention d'un monde, qui est... et n'est pas ce que nous croyons être le nôtre.

 "Dans cet espace, des images de dimensions et proportions très différentes, l’Opéra et un bouquet de danseuses bleues, la Seine et un corps effilé de femme, une poule, un christ et un soleil, une vache et Notre-Dame, et tous objets sans lien physique ordinaire et que la plus grande distance sépare dans la réalité, peuvent se superposer et se juxtaposer, en une synthèse équilibrée et continue, sans vides ni heurts, grâce à de mélodieux passages, à des fusions et expansions colorées qui comblent les intervalles et se jouent des illusions de la distance. Chagall ordonne le désordre du rêve, fixe le fugitif, rend cohérent le chaos et rassemble par une logique picturale ce qui était éparpillé aux quatre coins de l’univers et du cœur. Son rêve se déroule sous l’emblème du bouquet." (France observateur, 8 juillet 1954. in G.Limbour, Spectateur des arts, p. 645)

 

Rétrospective Modigliani... à la Galerie de France, en 1946

"Les personnages sont représentés assis, dans une sorte de dénuement douloureux, et tournent vers le peintre un regard morne qui ne refuse pas le secret de sa tristesse. Les têtes sont légèrement penchées. Des épaules fuyantes les bras tombent vers les cuisses sur lesquelles se posent des mains inertes, dans un espace sans profondeur ni perspective qui donne à ces figures une étrange expression d’abandon à leur destin".

Dans le quotidien Action, n°70, 4 janvier 1946), Georges Limbour, sous le pseudonyme d'Antimoine Chevalet, raconte sa visite à la galerie de France.
Le LaM de Lille présente actuellement une nouvelle rétrospective.

La porte rouge de la rue Bonaparte ne s'ouvre plus

A Paris, Claude Schvalberg a dû fermer sa librairie, où tant d'amateurs d'art et de critique ont pu aiguiser leur curiosité. Petit événement sans doute aux yeux de la grande actualité, grand vide pour tous ceux qui, de près ou de loin, aimaient ce lieu et ce qu'il représentait, dans le paysage artistique comme pour l'imaginaire. La critique d'art à laquelle le libraire a consacré un dictionnaire était ici rassemblée.

Sur le site de Florence de Meredieu, on lit un interview de Claude Schvalberg qui rend hommage aux critiques de Georges Limbour:
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Merci à Claude Schvalberg à qui nous souhaitons un peu de repos, mais surtout de longues heures d'étude et de nouveaux projets!

1, 2, 3, ... 8!

Huit, pas moins de 8 portraits de Georges Limbour par Jean Dubuffet, tous plus inventifs les uns que les autres, sur le site de la Fondation Dubuffet : du jeune homme aux grosses joues des débuts, au "crustacé" qu'on connaît: amusante galerie!

Félicitations au premier lecteur qui identifiera les deux amis (Jean et Georges) sur la photographie de classe de la 8eA du lycée du Havre, en 1910. Et bravo au site qui a retrouvé cette photo:  Promenade littéraire du Havre

Béatrice BOUFFIL et Joan JORDA

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"Que ma poésie seule escorte l'exilé, ne pèse jamais plus qu'un baluchon de roses".

Limbour ne les a pas connus: Béatrice Bouffil est poète. Joan Jorda, peintre né en 1929 à St-Feliu-de-Guixols, en Catalogne, a exposé pour la première fois en 1976.  Une fois n'est pas coutume! Coup de cœur offert en ce début d'année aux lecteurs de ce site, ce livre, paru en décembre 2015 aux toutes nouvelles éditions de la Sibylle. Chaque page révèle l'entente dans le travail commun de ces artistes. "Marche à l'amble" de ces deux-là, exilés, chacun à sa manière,   déterminés à la "résolution poétique", "Obstinés à la vie, chassés du paradis".

L'Espagne, la "Retirada" républicaine en fond, et peut-être surtout la fascinante dernière peinture, Les Nageurs, qui clôt et prolonge à la fois le poème final, "Méditerranée"... sans doute pas si loin de Limbour finalement.

 On admirera la grande qualité formelle de ce livre d'artiste, celle des reproductions (œuvres sur papier), du papier, de la mise en page.

 

 

L'Artifice dans les lettres et les arts ou la pomme à croquer

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Elisabeth Lavezzi et Timothée Picard, professeurs à l'université de Rennes 2, viennent de faire paraître un gros livre sur l'artifice. L'idée était de réunir des spécialistes de la littérature et des arts pour observer un mot, sous toutes ses facettes, dans l'étendue du temps. Entre littérature et arts, on reconstitue la généalogie du mot, les ramifications de sens, les valeurs données à la notion. L'introduction d'Elizabeth Lavezzi confirme que le livre sera fort utile à tout chercheur intéressé au sens même de l'art.

"Ce volume propose une analyse lexicologique, axiologique et généalogique de la notion d’artifice dans les lettres et les arts. Les études couvrent une longue période (de la Grèce antique à nos jours) et concernent divers genres littéraires (récit, théâtre, poésie, essai, portrait, mémoires, roman, critique d’art), de nombreux arts (peinture, opéra, danse, musique, photographie, cinéma) et des domaines variés (rhétorique, esthétique, technologie, tactique militaire, pornographie)" (Presses universitaires de Rennes).

Georges Limbour est de la fête. Premier à croquer la pomme, à coup sûr ("L'art moderne à l'épreuve de l'artifice dans les écrits sur l'art de Georges Limbour", F. Nicol, p. 297-309).

Gaëtan PICON, un contemporain capital (1915-2015)

L'éditeur François-Marie Deyrolle (L'Atelier contemporain) vient de faire paraître une réédition très soignée d'Admirable tremblement du temps.

Le Ministère de la culture et de la communication, le Musée national Picasso, le Musée des Beaux-arts de la Ville de Paris, l'IMEC, la Mel, l'Institut d'histoire du temps présent IHTP/CNRS s'unissent pour célébrer Gaëtan Picon, à Paris, en septembre et en octobre. Martine Picon a inlassablement soutenu ce projet.

On trouvera le programme ici. Pour participer à ces rencontres, il faut réserver.

Georges Limbour était très proche de Gaëtan Picon et les deux œuvres portent forcément la trace deleurs échanges surla littérature et sans doute plus encore sur l'art.

"Le style bambou-trappiste" de Manessier

"J'ai horreur des systèmes", déclare Limbour qui pour se moquer, comme à son accoutumée, des étiquettes, s'amuse à inventer des noms de style pour qualifier la peinture de Manessier (Action, 1946, in Spectateur des arts, p. 389). il n'empêche! L'esprit de recherche de Manessier et de deux peintres qui exposent à ses côtés, Le Moal et Singier, lui plait bien, même si Le Voile de Véronique, "d'une intense et belle lumière", le séduit davantage que le Salve Regina (acheté, à l'époque,  par le Musée de Nantes). Ce "luministe, ardent et mystique", est exposé en ce moment au Musée Mendjisky-Écoles de Paris, dans le Quinzième, à Paris.